Partis de France le 23 septembre, l'équipe se retrouve à Katmandou. Après quelques jours dans la bruyante capitale du Népal, nous prenons l’avion pour Lukla, le point de départ de tous les treks et expéditions en direction du Kumbu.



Les deux jours de trek en direction de Namché Bazar ne sont pas aussi sympas que ce qu’on pourrait imaginer. Bien que les paysages soient magnifiques, le monde et le « ballet » incessant des avions et des hélicoptères qui montent à Namché, enlèvent un peu de charme à l’endroit.
Perchée à 3850 m, Namché est une vraie petite ville. On y trouve des cyber cafés et les lodges ressemblant presque au refuge du Gouter… Au-dessus de la ville, les vues sur la face Sud du Nuptse, l’Ama Dablam, et les Kwande sont vraiment impressionnantes et nous mettent vite dans l’ambiance : ici les montagnes sont grosses, très hautes.

Une fois passé Namche, nous nous dirigeons vers Thamé, nous sommes enfin à l’écart des circuits touristiques classiques, et apprécions le calme. Nous retrouvons les yacks avec tout notre équipement. Nous y passons deux jours, afin de nous acclimater en douceur. L’activité principale est de jouer au foot avec les enfants du village. Nous prenons systématiquement une « raclée » et terminons chaque partie complètement « chiffon ».


Enfin, nous prenons la direction du Nord vers le glacier du Nangpa La. C’est un point de passage important entre le Tibet et le Népal, car il est facilement accessible côté Tibet.
Historiquement, ce col servait aux Tibétains qui venaient dans le Kumbu pour y vendre leur sel.
Plus loin, de l’autre coté du col, c’est aussi le camp de base de la très fréquentée, voie normale du Cho Oyu. Depuis Thamé, nous marchons trois jours pour atteindre notre camp de base au pied du massif des Lunak.




Le camp base étant situé à 5200 m, nous prenons quelques jours de repos en arrivant.
Nous commençons à faire quelques repérages sur le projet. Finalement, nous nous rendrons compte que la ligne, que nous envisagions au départ, est beaucoup trop sèche. Du coup, nous optons pour une ligne un peu plus à droite, mieux englacée et qui se termine sur le même sommet.
Mais avant de nous lancer nous devons encore parfaire notre acclimatation.





Nous commençons par un petit sommet au-dessus du camp de base culminant à 5800 m. Puis une tentative sur le Jobo Locoultre (6600 m), gravi pour la première fois par l’expédition Suisse de 2009.
Nous avons atteint une antécime à 6200 m que nous baptiserons le Little Jobo Locoultre.


Il est temps de s’attaquer au projet. Nous prenons un premier départ dont l’objectif est de bien repérer le bas de l’itinéraire et d’acheminer le matériel au pied de la voie. Un premier bivouac, accompagné d’une petite chute de neige, nous dissuade de faire une tentative. Nous laissons du matériel et de la nourriture sous un bloc, puis rentrons au camp de base.





Le lendemain Yann, notre routeur, nous annonce un créneau de beau temps avec peu de vent pour au moins une semaine. C’est donc le moment de faire une vraie tentative.
Nous ne sommes pas complètement acclimatés, mais nous décidons de faire quand même un essai.
Nous prenons deux jours pour nous reposer et faire les sacs.


Nous décollons au petit matin du camp de base. Il faut encore une fois traverser ce large glacier couvert de pierres, mais cette fois avec des sacs légers. Après un petit casse-croûte au pied de la face, nous passons la rimaye en milieu d’après-midi et gagnons un endroit à peu près protégé pour poser les tentes 200 mètres plus haut, à 5800 mètres. Le lendemain, après avoir grimpé quelques centaines de mètres, la chaleur nous arrête. Nous passons une heure à l’abri sous un surplomb, en attendant que la température baisse un peu. Une longueur en rocher, de difficulté 5, nous permet d’éviter une zone exposée. Un peu avant la nuit, nous arrivons à l’endroit qui nous semblait propice pour notre second bivouac. Il le deviendra après une bonne heure de terrassement. Une fois installés, nous sommes super bien, protégés par un toit à 6200 mètres d’altitude. Après une bonne nuit, nous commençons la journée par de belles longueurs de glace et de goulotte, qui nous permettent de passer le verrou au milieu de la face. La partie haute nous offre encore de bonnes conditions de glace, avant de venir buter sur un ressaut plus raide, qui marque le pied des ice-flutes. Finie la glace, place à la neige inconsistante… L’escalade, qui techniquement n’est pas dure, est exposée et difficile à protéger. La nuit nous cueille et nous n’avons aucun emplacement de bivouac dans les parages. Notre salut est au sommet. Une longueur dans les ices-flutes et deux sur l’arête sommitale nous propulsent au sommet du Lunak II, à 22 heures. Il fait nuit depuis 4 heures, la température faible, accompagnée de ce fort vent de Sud-Ouest nous gèle le visage. On se félicite d’être ici où personne n’avait encore mis les pieds. Nous descendons quelques mètres au Nord pour terrasser un emplacement pour les tentes. Avec une neige sans consistance cela nous demandera encore une heure d’efforts. Enfin, une nuit bien méritée.





Le lendemain, nous abandonnons l’idée de rejoindre le sommet principal Lunak I. Il restera vierge de l’autre côté du plateau sommital, nous décidons de descendre.


Finalement la descente qui nous stressait un peu se déroule plutôt bien et c’est vers 18h00, après une bonne trentaine de rappels sur lunules, que nous arrivons au pied de la face.

Nous décidons de rentrer au camp de base. La traversée du glacier s’avère bien pénible de nuit et fatigante. Au bout d’une heure et demi de marche nous retrouvons Shandra (notre sirdar) et Aynden (notre aide cuisinier) venus à notre rencontre avec du thé et des biscuits.
Ils nous prennent une partie de nos sacs et c’est vers 21h00 que nous arrivons au camp de base bien fatigués mais contents.


Au final, encore une belle croix et la découverte d’un coin du Népal peu fréquenté par les alpinistes où de nombreuses ascensions sont encore possibles.
Après deux jours de repos au camp de base, nous décidons de rentrer, fatigués par le froid et la dureté de la vie à cette altitude. Cela fait un mois que nous vivons en autarcie dans les montagnes.
Le retour à la civilisation est toujours un moment ambigu, partagé entre le plaisir de retrouver la verdure, la chaleur et la cohue du tourisme de masse présent dans le Kumbu.





C’est à ce moment-là que nous baptiserons notre voie : « Close the door » en hommage à un pauvre trekkeur anglais un peu malmené dans un lodge de Namché...
Prochaine expé le Pakistan et ses « Latoks » au printemps prochain.




 

Vidéo de l'expédition